Être parent d’un Piwi Cœur. Témoignage, par Marion Curtillet, qui parle ici en tant que mère de Piwi Cœur, deux ans après sa naissance. Cela n’engage en rien le père de Piwi Cœur, ni la mère qu’elle sera dans les années à venir.

Élever mes autres enfants, écoutez, je n’ai pas trouvé cela compliqué… Du moins jusqu’à présent (l’ainée ayant 12 ans, les choses sérieuses sont plutôt devant moi !) Toutes les étapes de la naissance à l’arrivée dans l’adolescence se sont déroulées d’une manière fluide bien que différente pour chaque enfant. C’est d’ailleurs là une source intarissable d’émerveillement pour la maman de famille nombreuse que je suis : les observer, comprendre leur fonctionnement, trouver la clé en fonction du moment, et les accompagner, chacun à son rythme, chacun sur son chemin.

Piwi Cœur a deux ans. J’essaye d’être la même maman pour lui que pour les autres bien sûr. Seulement, comme le sous-entend bien le mot « essayer », ce n’est pas si simple. Pas si naturel… Est-ce seulement possible… ? Est-ce seulement souhaitable… ?

L’enjeu

Je suis parfois saisie d’angoisse à l’idée de mal m’y prendre.
Pour mes autres enfants, je m’y prends mal aussi, mais seulement, les conséquences ne me font pas peur. Même si leur mère n’est pas parfaite, ils feront leur vie ! Ils se débrouilleront, d’une manière ou d’une autre. Ils ont la mère que le destin leur a donné, comme tout le monde depuis l’origine des temps. Et puis voilà.
Pour Piwi Cœur, j’ai l’impression de porter une responsabilité beaucoup plus lourde. L’impression que si je m’y prends mal, les conséquences seront beaucoup plus importantes. Que sa vie sera radicalement différente selon la mère que j’aurais été.
Une formule me revient régulièrement, dans les moments de doute : « Surtout ne pas ajouter du handicap au handicap ».

Alors, je suis une maman frileuse. Sur ses gardes. J’essaye d’observer les choses avec le maximum de distance possible, voir si la situation est sous contrôle ou si elle m’échappe. Une maman dans les starting-blocks aussi. Prête, le jour venu, à tirer la sonnette d’alarme et à se faire aider.

La personne

Il y a la personne que j’étais avant l’arrivée de Piwi Cœur, et la personne que je suis devenue depuis. Elles sont très différentes. Alors comment pourraient-elles être la même mère ?
La première était très prise par son travail et voyait peu ses enfants. Une mère de qualité plus que de quantité, disons. La seconde est à la maison 24h/24 et a une relation, par la force des choses, fusionnelle avec Piwi Cœur. Une mère de quantité, mais… je vous laisse terminer la phrase.
La première construisait sa vie, et dans cette vie qu’elle construisait, il y avait les enfants. La seconde ne construit plus sa vie, elle est l’assistante du maître d’œuvre qui construit celle de Piwi Cœur.
La première pensait à l’avenir, se projetait ; la seconde a pour avenir celui de Piwi Cœur.
La première occupait une place qu’elle avait choisi ; la seconde est à la place où on l’a mise.

Etc. La liste n’est pas exhaustive…

La relation

La relation m’a toujours semblé simple et naturelle avec mes autres enfants. Dès le plus jeune âge, dès la naissance. Je ne me suis jamais posé de question…
Piwi Cœur, on a beau dire, on a beau vouloir, n’est ni comme ses frères et sœurs ni comme moi.
Prenez son corps déjà : il ne fonctionne pas comme le nôtre ! Seulement pour ça, grâce à notre incroyable système de santé, on a un mode d’emploi. On peut comprendre. Apprendre. S’adapter. Jusqu’à réussir, avec le temps, à faire rentrer cette différence objective dans notre normalité subjective.
Sa façon d’être en revanche, son mode de fonctionnement cognitif et émotionnel, il nous est hermétique et il n’y a pas de mode d’emploi. Comme le dit le docteur Vulliez-Coady, il faut attendre, patienter, guetter les signaux… Et quand ils arrivent, apprendre à les décoder, alors qu’on ne sait même pas de quoi l’enfant peut avoir besoin. Interprétation et traduction d’une langue dont nous ne connaissons pas l’alphabet, et sans l’aide du contexte…

Quand vous extrapolez à l’éducation, il est des choses très simples sur le papier, du bon sens, qui se fait tout seul avec les enfants sans difficulté particulière, comme « fixer un cadre en utilisant des mots et une posture compréhensibles par l’enfant ». Mais quand vous n’avez aucune idée de ce que votre enfant comprend ou pas ? Que ses actions échappent complètement à votre logique ? Rajoutez par dessus les émotions si particulières qui vous lient à cet enfant du fait de son vécu médical et qui vous brouillent la vue, je vous assure, non, vraiment, ça n’est pas si simple que ça en a l’air…

Conclusion

Bref, tout est différent. Et là où je me sentais parfaitement bien installée dans mes baskets de mère avant l’arrivée de Piwi Cœur, aujourd’hui, je dois en trouver de nouvelles. Adaptées à mes nouveaux pieds.

Mais… trouver des baskets… en voilà une chose de simple !!! Ça veut dire… ça veut dire que je vais redevenir un jour la même mère !?! Car ce qui définit une mère, au fond, sont-ce ses pieds ? Ou le fait qu’ils soient bien installés dans ses baskets… ?

Piwi Cœur et sa maman. Juillet 2020

2 Comments

  • Grand-mère

    Les pieds, Marion, les pieds te dis-je! D’ailleurs, tu marches toujours pieds nus à l’intérieur 😏 Si ce n’est pas un signe !
    On arrive au terme de ta « revue numérique » . Bravo pour ce travail énorme et merci pour tout ce partage d’expérience et d’émotions.

    • Marion Curtillet

      Le meilleur moyen d’avoir des chaussures adaptées à nos pieds, c’est de ne pas en avoir du tout, vous avez raison ! Je vais arrêter d’en porter dehors aussi… 🙂

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