Florian Stoppa, connu aussi sous le nom d’artiste Bipède en vadrouille, a choisi de prendre Piwi Cœur dans sa poche et de l’emmener partout avec lui. Il ne connaît rien au monde du handicap et de la maladie. Par contre, il connaît celui de la montagne ! Et vous allez voir, les passerelles entre les deux sont nombreuses !

Florian Stoppa en tournage

« Le délicat point d’équilibre entre persévérance/dépassement de soi, et résignation/abandon »

Marion Curtillet : Dans ta dernière vidéo, tu montres comment, en montagne, le fait de ne pas savoir renoncer au sommet malgré des conditions défavorables peut conduire à la catastrophe. Ce faisant, tu mets le doigt sur le délicat point d’équilibre entre persévérance/dépassement de soi, et résignation/abandon.

Ce point d’équilibre, l’entourage des personnes malades ou en situation de handicap doivent le trouver également : travailler dur pour progresser, certes, et à un moment – mais à quel moment !?! – savoir se résigner et accepter. Comment fais-tu, dans ta pratique de la montagne, pour reconnaître ce point d’équilibre et ne pas le dépasser ? 

Florian Stoppa : Pour ce qui est de la pratique personnelle, j’aime bien voir la montagne comme le fait de conduire une voiture. Cela ne vient pas tout seul, il faut prendre le temps d’apprendre progressivement. Il y a beaucoup de choses à savoir et surtout des règles à respecter. Malheureusement, en montagne, nous n’avons pas forcément un moniteur assis à coté de nous pour dire ce qu’il ne faut pas faire. Du coup, il est commun de faire des erreurs qui, si elles ne causent pas toujours un accident, peuvent provoquer de grosses frayeurs qui servent de rappel à l’ordre. Et comme en voiture, il ne faut jamais présumer tout savoir, on peut prendre de mauvaises habitudes, faire des bêtises par excès de confiance, et donc avoir un grave accident sur des itinéraires que l’on a déjà fait un million de fois.

« Normalement, on est toujours censé garder la sécurité du groupe en priorité absolue. C’est un principe simple à appliquer… sur le papier. »

Dans le cadre de ma profession, qui consiste à emmener des randonneurs en montagne, on est soumis au fait que la sécurité du groupe est notre première responsabilité. Du coup l’équilibre est peut-être plus simple à trouver. Mais ça ne veut pas dire que c’est facile pour autant, vu qu’on est souvent tiraillé par l’envie de passer un col bien précis ou de monter toujours plus haut pour faire plaisir aux clients, alors même que l’orage approche ou que le risque avalancheux est trop élevé. Sans compter la pression que certains randonneurs peuvent exercer sur nous au moment de la décision. Normalement, on est toujours censé garder la sécurité du groupe en priorité absolue. C’est un principe simple à appliquer… sur le papier. Mais sur le terrain, quand tout un groupe attend notre décision, que quelques fortes têtes insistent pour continuer malgré les nuages qui approchent et que plusieurs autres facteurs (bien souvent liés à notre propre ego) agissent comme un petit diable pernicieux sur notre épaule… ben c’est pas si évident que ça de dire « Stop, c’est fini, on redescend ! ». 

En montagne, comme dans le reste de notre vie, on ne peut jamais être sûr de soi à 100% et il y aura toujours des risques inévitables. Le but n’est pas de ne jamais faire de bêtises et d’être irréprochable, mais plutôt de composer avec ce que l’on ne peut contrôler, de prendre le temps de réfléchir et d’apprendre de ses erreurs. Ah oui et aussi de baisser la tête quand quelqu’un hurle : « PIERRE » ! 

Florian Stoppa écrit son scénario

« Ouvrez grand vos yeux et vos oreilles ! »

Marion Curtillet : On retrouve cette phrase à la fin de toutes tes vidéos, c’est un peu « ta devise ». Ce que j’entends dans ces mots, c’est l’ouverture. La perméabilité. Tu nous dis « baissez la garde, laissez-vous surprendre !« 

Le parallèle avec la situation de maladie et de handicap est frappant : face à de telles situations, toutes les cases prédéfinies qui nous servent à penser, construire, prévoir, sont explosées. Nous devons effacer tout ce que nous croyions savoir, toutes nos attentes, et apprendre à devenir « perméables ». Mon interprétation de ta devise est-elle bonne ? Peux-tu nous en dire deux mots ?

Florian Stoppa : Haha j’avoue que cette phrase est un peu sortie de nulle part lors du tournage de la première vidéo. Je crois que la première fois c’était « Restez curieux, ouvrez les yeux et les oreilles » et je n’ai finalement gardé que la deuxième partie pour le reste des vidéos.

Il me semble qu’il y a deux raisons pour lesquelles j’ai continué à utiliser cette formule. D’abord parce que je remarque que beaucoup de gens ne font plus attention à ce qui les entoure au quotidien. L’une des raisons pour lesquelles j’aime les oiseaux par exemple, c’est qu’il s’agit d’une nature qui est omniprésente dans notre vie de tous les jours. Contrairement à d’autres animaux plus difficiles à observer, que l’on vive en montagne, à la campagne, au bord de la mer ou en pleine ville, il y a toujours des oiseaux à proximité ! Nous avons des centaines d’espèces différentes de ces créatures fascinantes qui nous passent à coté du matin au soir. Des bleus, des rouges, des jaunes, des gros, des petits, tous avec leurs propres particularités.

Sérieusement, s’intéresser un minimum aux piafs, c’est comme une chasse aux Pokémon incessantes qui peut se faire n’importe où, même quand il n’y a pas réseau ! Et c’est souvent en ville qu’on entend : « Ben tu sais, chez nous y a de que des pigeons et des moineaux… » alors que les villes abritent une diversité surprenante d’espèce, du rouge-queue noir au faucon pèlerin ! Et même les espèces qui ne font pas rêver comme les moineaux domestiques demeurent surprenantes à observer ! Ces petites boules de plumes se sont tellement bien adaptés à l’homme qu’elles comprennent comment fonctionnent les portes automatiques et viennent voler devant le capteur afin entrer dans les supermarchés !

« Je vois la curiosité comme la plus grande des qualités humaines »

La deuxième raison, c’est surtout que je vois la curiosité comme la plus grande des qualités humaines et qu’il n’y a rien de plus triste que d’être blasé et indifférent. Quelque soit votre passion, que ce soit la montagne, les jeux vidéos, la peinture sur galet ou la philatélie, certaines personnes dépensent des années de leur vie dans ces centres d’intérêts et rien que pour cela, ça vaut la peine de s’y intéresser un minimum !  

« Avoir des rêves et des projets nous donne l’énergie pour mettre chaque jour un pied devant l’autre »

Marion Curtillet : Comme tu le dis dans ta dernière vidéo, tes passions sont nombreuses, et en plus de les vivre, tu aimes en parler et les partager, pour notre plus grand plaisir !

Quelles que soient nos possibilités et nos situations, avoir des rêves et des projets nous donne l’énergie pour mettre chaque jour un pied devant l’autre. Peux-tu nous parler de tes prochains projets ? De tes rêves aussi, qui attendent dans un coin de ta tête de devenir des projets ?  

Florian Stoppa : Le contexte fait que je n’ai jamais eu autant de temps devant moi pour continuer ce hobby de vidéaste. Je prends énormément de plaisir à retravailler sur ces vidéos et il y a encore beaucoup de sujets que je rêve d’aborder. Le thème du cinéma reviendra pour sûr même si je ne sais pas encore exactement quand. Le dernier épisode était pensé comme le premier d’une série de plusieurs qui parleront tous, chacun à leur manière, de l’image de la montagne dans le cinéma et auprès du grand public. C’est non seulement un thème, mais aussi un format que j’aimerais continuer à utiliser car il offre énormément de possibilité et de confort en terme de création. Ce genre de vidéo (que les anglophones appellent « Video Essay », dont le meilleur représentant sur Youtube est l’excellent Nerdwriter ) utilisant presque exclusivement des extraits de films et de reportages, permet à la fois un minimalisme et une efficacité incomparables pour développer un propos. Par contre c’est aussi un travail infiniment plus long et méthodique qu’un simple tournage où l’on parle directement face à la caméra. Du coup, après ce dernier épisode, j’ai besoin d’une pause !

La prochaine vidéo sera le 10ème Bipède en vadrouille, donc j’aimerais revenir à quelque chose de plus classique, plus simple à réaliser, et qui parle peut-être à plus de monde. Le prochain épisode sera à nouveau sur les oiseaux et ressemblera pas mal au premier épisode sorti il y a deux ans. 

« Le fait de travailler seul ne facilite pas les choses ! »

L’un de mes objectifs est aussi de réussir à gagner en qualité technique pour les prochaines vidéos. Le son, l’image et le montage sont des domaines dans lesquels je demeure un novice. Du coup je suis encore très limité par rapport à ce que j’aimerais pouvoir faire et il me reste énormément à apprendre. Le fait de travailler seul ne facilite pas les choses ! Pas mal d’idées que j’ai pour de futures vidéos demandent un peu plus de logistique et de main d’oeuvre donc j’espère pouvoir m’y mettre lorsque ce fichu virus sera derrière nous et qu’on parlera moins de distanciation sociale ! 

Le dernier film de Florian Stoppa

1 Comment

  • Anne-Hélène

    Ici une grande fan de l’humour de Florian dans sa dernière vidéo ! Nous avons aussi beaucoup apprécié la vidéo sur les marmottes… parce que oui, je faisais (et fais probablement toujours) partie de ces gens qui entendent le cri de la marmotte et croient que c’est un oiseau… je mesure beaucoup plus mon ignorance maintenant ! Et j’ouvre mes yeux et mes oreilles (et mon nez aussi. Pour une citadine, l’odeur de la montagne, c’est quelque chose de spécial).

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